http://fr.news.yahoo.com/rtrs/20080614/tts-union-france-irlande-sarkozy-ca02f96.html
L'Irlande a dit NON au Traité de Lisbonne, présenté comme un "mini-traité" ou un "traité simplifié", qui était en fait plus long et plus complexe que le TECE de 2005.

Déjà, l'Irlande était le seul pays européen à soumettre au vote des citoyens le Traité de Lisbonne. Qu'est-ce à dire? Un seul pays où le peuple est consulté. Je ne veux vraiment pas être catalogué
comme un anti-européen (ce que je ne suis pas) ou tenir un discours populiste sur les élites éloignées du peuple... Pourtant, l'action des élites européennes ne va pas dans mon sens. Au contraire,
ils semblent tout faire pour que les peuples détestent l'Europe, ils paraîssent sourds à ce que disent les peuples lorsqu'ils sont consultés.
L'Irlande est peut être un petite pays, mais il y a fort à parier que si le Traité de Lisbonne avait été soumis à référendum un peu partout, d'autres pays l'auraient rejeté.
En guise de rappel, le TECE (Traité Etablissant un Constitution pour l'Europe, sur lequel nous avons voté en mai 2005 en France et non - comme il a été souvent répété - TCE--> Traité instituant
la Communauté Européenne, datant de 1957 celui-là, plus connu sous le nom de Traité de Rome) passait en référendum dans 5 pays seulement, et était déjà présenté comme unique opportunité ou vote
sans choix. "Il faut voter oui". Après les "non", français et hollandais, les institutions européennes, mais aussi les Chefs d'Etat et chefs de gouvernement européen ont souhaité reprendre de
nombreuses dispositions du Traité rejeté afin de poursuivre la construction européenne et de modifier les institutions pour un bon fonctionnement dans une Europe élargie à 27 Etats. Intention
louable que de vouloir poursuivre la construction européenne, à laquelle je n'opposerai pas grand chose. En revanche, n'avoir qu'une seule vision de l'Europe me gène profondément. Comme si un
seul système était possible. Pour certains des eurocrates, seule l'Europe telle qu'ils la construisent ("libérale", centrée sur des questions d'immigration, de concurrence pure et parfaite, sur des
modèles économiques) est possible. ET LE PEUPLE DOIT VOTER OUI.
C'est preque Brechtien "si le peuple ne nous plaît pas, changeons le peuple".
Donc, un texte rejeté est réutilisé, repris, modifié et ratifié par voie parlementaire, de manière à éviter un vote des peuples... Voilà qui est démocratique, voilà qui va soulever une adhésion
générale des peuples à la construction européenne, tiens.
Le "oui" français au Traité de Lisbonne résulte du vote de 560 parlementaires en faveur du traité (sur 63M d'habitants et 910 parlementaires) alors que 15 449 508 personnes avaient voté non en
2005.
Comment peut-on imaginer une seule seconde qu'après avoir insulté les électeurs du non au lendemain du 29 mai 2005 (ce que disaient nombre de "ouistes" était assez sévère, notamment les propos de
Serge July, de Michel Rocard ou de Dany le Rouge) et tenter de passer par-delà le vote des citoyens, les citoyens floués et insultés adhèrent ne serait-ce qu'à l'dée d'Europe? Pensent-ils créer une
citoyenneté européenne en refusant le vote des peuples?
Ils ne font vraiment rien pour se faire apprécier et faire rêver d'Europe.
Les trois forums "Paroles d'Européens" organisés par Public Sénat et le Ministère des Affaires Etrangères, censés offrir un espace à l'expression des citoyens européens en France, pour préparer la
présidence Française de l'union Européenne (pour 6 mois) au 1er Juillet sont un exemple paroxystique de l'UE telle qu'elle est et et est vécue : des membres de la "société civile" ont voulu
l'utiliser comme une caisse de résonance contre certaines directives à propos de l'immigration (ouverture du temps légal de maintien en camp de rétention à 18 mois, par exemple, dans la directive
Retour) et du travail se sont vus opposés un, voire deux escadrons de CRS à Marseille, bien avant qu'ils puissent arriver sur le site du débat. La salle était presque vide, et en guise de "parole
d'européens", des experts (Jean-Pierre Jouyet, des députés européens, J-P Elkabbach, Michel Vauzelle...) à écouter religieusement - ou plutôt, en baillant - toute la journée en ne donnant jamais la
parole aux "européens" présents dans la salle.
Enthousiasmant, n'est-ce pas?
Si les citoyens consultés votent non à plusieurs reprises sur un texte, c'est peut-être que le texte lui-même et la manière dont l'UE est en train de se construire ne conviennent pas, n'est-il
pas?
A quand des impôts européens? une taxation directe des flux de capitaux? La reconnaissance des services publics par l'UE? Une vraie politique sociale à l'échelle européenne? Une citoyenneté
européenne?
Donc, pêle-mêle : un Parlement Européen largement renforcé, voire souverain, qui aurait l'initiative des lois, qui serait élu de la même façon, dans toute l'Europe, le même jour; une Commission
Européenne nommée avec un pouvoir réduit, amoindri; des meetings communs à l'échelle européenne; des échanges entre les professeurs d'Université européens organisés; des échanges entres lycées dans
l'Europe; une matière commune avec un manuel commun à toute l'Europe; la généralisation de programmes tels qu'Erasmus; la création de vrais dispositifs sociaux; une harmonisation des systèmes de
santé par le haut, avec une aide aux Etats en difficulté pour un tel niveau de prestation de la part de l'Union Européenne pour une qualité élevée de prestation d'assurance-maladie partout en
Europe...
et j'en passe. Mais ces propositions paraissent une utopie au vu des souhaits de ceux qui construisent l'Europe, au vu des discours de José Manuel Barroso (président de la Commission européenne),
ou des principaux dirigeants en Europe.

On entend certains dire qu'il faudrait faire "des aménagements juridiques" (Jean-Pierre Jouyet, Secrétaire d'Etat aux Affaires Européennes), voire faire revoter le peuple. Ils ne feront que
renforcer l'image d'eurocrates technicistes et le fossé entre eux et les peuples.
Le peuple a "mal voté"? C'est un problème de "pédagogie"? Donc, le peuple est débile, incapable de comprendre la question qui lui est posée... Evidemment. Il y aurait, le "bon peuple" composé de
techniciens qui a donc voix au chapitre et le "peuple inculte" qui vote "mal" et donc n'a pas voix au chapitre. Drôle de conception de la démocratie, mais aussi quel hiatus entre ce discours et la
volonté pourtant affichée de l'Europe d'une indépendance et d'une émancipation des citoyens européens!
L'Europe est malheureusement souvent victime de manoeuvres politiciennes, on lui met sur le dos de nombreuses mesures nationales qu'elle n'a jamais réclamé, on la diabolise souvent à l'envi, elle
est instrumentalisée pour faire peur ou pour imposer certaines décisions douloureuses. Mais les élites européennes ne font rien pour ne pas en faire le bouc-émissaire idéal. C'est aberrant, mais il
en est ainsi. Tout de même, certaines directives sont largement abusives, le poids de la Commission Européenne est surdimensionné, la participation des citoyens est extrêmement réduite, les sujets
traités sont souvent loin des préoccupations du citoyen lambda, et l'attitude générale est au mépris des "eurosceptiques" souvent caricaturés...
J'ai bien peur que ce ne soit pas la Prési-dance française de l'UE qui améliore les choses, avec la volonté de Sarkozy de se concentrer sur l'immigration pour avoir une grande réforme à son actif.
Ce qu'il prépare est une manoeuvre politicienne pour plaire à la frange la plus à droite de son élecotrat et renforcer son assise auprès de l'aile droite du Parti Populaire Européen.
Et du Parti Socialiste Européen de se coucher, au prétexte du compromis de gouvernance européenne...
Guy Verhofstadt avait proposé d'organiser sur un mode de fédéralisme avancé un petit groupe de pays, pourquoi pas?
Cela mérite réflexion.
En tous cas, la construction européenne telle qu'elle se fait aujourd'hui ne peut continuer. On ne fait pas le bonheur du peuple contre son gré.
Certains rétorqueront que la Constitution de 1958 n'a jamais été démocratique, que c'est un coup d'Etat qui a donné nos institutions françaises, assez bien ancrées aujourd'hui malgré quelques
velléités de VIème République.
Peut-être, mais il semble quand même que le peuple soutenait, ou adhérait pour partie au gaullisme et à ce que faisait de Gaulle. C'est loin d'être le cas aujourd'hui pour la construction de
l'Union Européenne.
Pourquoi l'Europe serait-elle forcément seulement un espace de libre échange concurrentiel?
D'autres systèmes ne sont-ils pas envisageables?
La réduction des possibles politiques est une erreur grave.
Il est aussi de notre devoir de citoyens que d'en débattre, de se saisir de la question, de proposer, d'échanger...
Merci aux Irlandais tout de même, espérons que le débat soit assez vif par la suite pour donner autre chose que cet agrégat d'institutions technicisées dont les membres sont sourds, aveugles et
méprisants. Je caricature un peu, mais j'en viens à me demander si les dirigeants européens souhaitent vraiment l'Europe.
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